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Faire de la cassure une source de beauté

  • Photo du rédacteur: Sandie Carissan
    Sandie Carissan
  • il y a 15 heures
  • 2 min de lecture


Il existe au Japon un art discret qui ne cherche ni à effacer ni à masquer, mais à souligner.

Un art qui ne redoute pas la cassure, qui la révèle en la traversant d’or. L’art japonais du kintsugi nous invite à regarder la fragilité d’une autre manière : accueillir les fissures, célébrer l’histoire des objets, et en faire ressortir la beauté. Inspiré par une vision du monde où l’imperfection n’est pas un défaut mais une trace signée du passage du temps, le kintsugi dépasse la simple réparation matérielle pour devenir une véritable métaphore de la vie.


Origines et sens littéral

Le terme kintsugi signifie littéralement "jointure en or" : kin pour l’or et tsugi pour la jointure. Cette technique traditionnelle japonaise consiste à assembler les fragments d’un objet en céramique brisé en utilisant une laque précieuse (l’urushi) saupoudrée ou mélangée à de la poudre d’or, d’argent ou parfois de platine.


Ce processus demande patience, maîtrise technique et une réelle attention au matériau. Il n’est pas rare que la réparation prenne plusieurs jours voire des semaines. C’est précisément cette lenteur lucide, si chère à l’esprit d’otium, qui transforme un objet réparé en œuvre d’art vivante.


Marcantonio Raimondi Malerba



Une philosophie du vivant et de l’imperfection

Loin d’être une simple technique, le kintsugi s’inscrit dans la grande tradition esthétique japonaise du "wabi-sabi", qui valorise les choses éphémères, modestes et imparfaites. Selon cette vision, les traces d’usage, les fissures et les cicatrices sont des éléments à honorer plutôt qu’à cacher.

Ainsi, un objet réparé au kintsugi ne revient pas à son état « neuf » : il devient plus riche de sens qu’avant sa cassure. Ce geste symbolise une acceptation du changement, une gratitude pour ce qui a été vécu, et une ouverture à transformer les blessures en beauté.


Une métaphore de résilience

Au-delà de son usage matériel, le kintsugi est souvent utilisé comme une métaphore de la résilience humaine. Tout comme une céramique fêlée peut être réparée et sublimée, nos expériences (même douloureuses) peuvent devenir des éléments précieux de notre histoire personnelle. Accueillir ses propres fissures, c’est accepter la condition humaine et y trouver une force nouvelle.


En adoptant cet art dans nos pratiques, qu’il s’agisse de réparer un bol familier ou de réfléchir à nos propres fragilités, le kintsugi nous enseigne une vérité précieuse : parfois, ce sont nos fissures qui nous rendent incomparablement beaux.

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Références :

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