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Le parfum, une leçon d'otium

  • Photo du rédacteur: Sandie Carissan
    Sandie Carissan
  • il y a 28 minutes
  • 3 min de lecture

Je parle rarement de parfum ici alors que c'est une grande passion ❤️‍🔥


Je passe des heures à regarder des hauls parfum sur YouTube. Je suis abonnée à une quantité déraisonnable (🤪) de passionné·e.s sur TikTok. Je vais sentir les nouveautés, je traine dans de nombreuses parfumeries. Et... j'achète probablement plus de parfums que je ne devrais (🤪🤪).


J'en avais parlé une fois sur le blog à l'occasion de l'exposition de Francis Kurkdjian, mais finalement assez peu pour une passion qui occupe beaucoup de place dans ma vie.


Je me suis souvent demandé pourquoi les parfums me fascinaient autant. Bien sûr, il y a le plaisir des odeurs. Mais je crois que ce n'est pas seulement cela.


Le parfum est, pour moi, l'une des formes les plus poétiques de la beauté. Il ne se laisse pas saisir. Il apparaît, se transforme, puis disparaît. On ne peut pas le retenir. On ne peut que le traverser.


Le parfum et le temps partagent le même mystère. Tous deux sont invisibles, impalpables. Tous deux évoluent - le parfum se déroule en notes, le temps se déploie en séquences. Tous deux sont singuliers : personne ne sent exactement la même chose, personne ne vit exactement le même instant. Tous deux convoquent la mémoire et laissent une trace bien après avoir disparu.


Proust l'avait senti mieux que quiconque. Dans Le Temps retrouvé, il montre que certaines sensations ne nous restituent pas le passé comme un souvenir : elles nous le rendent comme une présence. Ce n'est plus de la mémoire. C'est du temps vivant. L'anthropologue Annick Le Guérer l'explique autrement : l'odorat est le sens le plus directement lié à l'affect, précisément parce qu'il échappe au contrôle de la conscience. Il ne passe pas par la raison. Il va droit à l'émotion. Le parfum nous place, malgré nous, dans cet état de réception que l'otium cherche à cultiver.


Car l'otium, ce n'est pas seulement ralentir. C'est apprendre à être présent à ce que l'on vit. À porter attention au monde, à soi, à la beauté discrète des choses.


Le parfum m'aide à faire exactement cela.


Le matin, avant même de choisir mes vêtements, je me demande souvent : de quoi ai-je besoin aujourd'hui ?


De réconfort ? D'élan ? De douceur ? De féminité ? De courage ? De force ?


Je le choisis en fonction de mon état intérieur. Ou parfois de celui vers lequel j'aimerais doucement me mettre en mouvement.


J'ose dire que le parfum est devenu une conversation silencieuse avec mes émotions.


Bachelard parlait de la rêverie comme d'un état où l'on cesse d'être spectateur du monde pour en devenir habitant. Le parfum me fait cet effet-là. Ce petit rituel matinal est plus qu'une routine : c'est un seuil. Quelques instants où je m'arrête, où je m'écoute, avant d'entrer dans la journée. C'est, au fond, une façon d'habiter poétiquement le monde, une idée que j'avais explorée ici, et qui revient souvent me trouver.


Avec lui, la beauté n'est pas possédée. Elle est vécue.


Et c'est ce que j'aime aussi dans l'otium : développer une qualité de présence qui me permet de rencontrer pleinement ce qui est beau, même lorsqu'il est éphémère.


Visite au Musée Fragonard, découverte de leur collection de parfum et de l'orgue à parfumeur.


Vidéo sur la distillation du parfum.



Merci à Emmanuelle Penndu d'avoir photographié cette visite ❤️
Merci à Emmanuelle Penndu d'avoir photographié cette visite ❤️


_________________

Bachelard, G. (1957). La poétique de l'espace. Presses Universitaires de France.

Le Guérer, A. (2005). Le parfum : Des origines à nos jours. Odile Jacob.

Proust, M. (1927). Le temps retrouvé. Gallimard.


Musée du Parfum Fragonard

9 rue Scribe, 75009 Paris

 
 
 

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