Mon professeur d'Otium
- Sandie Carissan
- il y a 3 jours
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Je vous présente mon plus grand professeur d’otium.
En ce mois d’avril, cela fait un an que je me tiens à son école.
Il est arrivé au printemps. Je ne saurais pas dire exactement quand tout a commencé, mais je me souviens de la lumière. Elle entrait déjà plus franchement dans la pièce, car il saisissait chaque rayon de soleil.
Les fleurs ont éclos.
Je ne les regardais pas vraiment.
Lui, si.
Il s’arrêtait devant chacune d’elles, les humait longuement, comme si elles méritaient toute son attention.
Le soleil trouvait des angles inattendus dans l’appartement. Il s’y allongeait avec précision, offrant son ventre à la chaleur, sans hésitation, sans détour.
Je me suis mise à m’arrêter.
À me faire couler un café.
À sentir la tasse chaude entre mes mains.
Et à le regarder en silence.
Il ne faisait rien.
Ou plutôt,
il faisait exactement ce que je trouve le plus exquis : il vivait absolument gratuitement.
°°°
Puis l’été est arrivé.
Les journées longues, la lumière plus dure, le sol tiède sur le parquet à plus de 30 degrés.
On sortait, on cherchait tous les coins d’ombre.
Il y avait toujours quelque chose à suivre : une trace, un mouvement, une odeur.
Je ne mettais plus de musique dans mes oreilles. Je regardais avec lui.
Un papillon pouvait suffire à arrêter la marche.
Tout devenait prétexte à contemplation.
°°°
À l’automne,les feuilles ont commencé à tomber, à glisser sur la route, portées par le vent.
Je les avais vues mille fois.
Mais pas comme ça.
Pas poursuivies avec une telle détermination.
Il courait après elles, bondissait, tournait sur lui-même, disparaissait dans les tas de feuilles oranges, rouges, vertes et jaunes.
Et tout débordait de vie ; je riais aux éclats, emportée par son élan.
°°°
L’hiver a été plus rude. Le froid, la pluie, les sorties plus brèves, où le jeu devait se réinventer à l’intérieur.
Je me souviens de la première neige.
Sous ses petits coussinets, l’inconnu.
Il avançait avec précaution, le corps resserré, hésitant, puis curieux : sentir, goûter ce blanc tombé du ciel.
Je me suis émerveillée, encore, de ce que je connaissais pourtant si bien.
°°°
Le printemps est une nouvelle fois venu.
Entre ces moments, il y avait mes journées. Celles d’avant. Celles où je devais me reposer, ou celles où je travaillais trop, où je restais enfermée sans m’en rendre compte.
Avec lui, impossible.
Chaque jour, on s’ouvre au dehors.
Chaque jour, on prend le pouls de la ville.
Chaque jour se remplit de jeux.
Dans la rue aussi, quelque chose change.
Il ne cesse d’esquisser des sourires sur le visage des passants.
Les regards se lèvent. Les visages s’ouvrent.
À la boulangerie, dans le métro, au marché…
On s’arrête. On sourit. On discute.
Il crée du lien.
Il ne résout rien.
Mais il déplace.
°°°
Depuis qu’il me transmet ses enseignements, mon regard s’est fait plus vivant : plus attentif, plus curieux, plus tendre.
Il est mon professeur, mon médiateur et, pour bien d’autres choses plus intimes encore, mon guérisseur.














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