Pourquoi Mouvement Otium ?
Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Lorsque j’ai choisi le nom Mouvement Otium pour mon blog, j’ai voulu rapprocher deux mots qui semblent tirer dans des directions opposées.
Le mouvement évoque l’élan, le changement, ce qui avance et se transforme. L’otium, lui, est un mot latin qui désigne un temps dégagé des obligations et des affaires courantes, que l’on peut consacrer à la réflexion, à la lecture, à la contemplation ou à la création.
J’aime ce que ces deux mots racontent ensemble. Ils portent une question qui continue de m’accompagner : comment avancer dans nos vies en gardant le temps de sentir ce que nous sommes en train de vivre ?
C’est de cette question qu’est né Mouvement Otium, avec l’envie de faire connaître cette notion ancienne et de lui redonner une place aujourd’hui.
Faire une place à l’otium
Le latin dit beaucoup en un seul mot : les affaires s’y nomment negotium, c’est-à-dire l’absence d’otium. Le temps libre venait d’abord, et nous avons renversé cet ordre (je le raconte plus en détail dans Qu’est-ce que l’otium ?). C’est ce renversement qui m’intéresse : il invite à rendre à ce temps sa valeur propre.
Nous connaissons tous, à des degrés divers, ces moments où une pensée se développe sans qu’on la presse, où l’on reste à la fenêtre un peu plus longtemps que prévu, où une conversation s’étire sans que personne regarde l’heure.
Il arrive aussi qu’il nous faille plusieurs heures, parfois plusieurs jours, pour comprendre ce qu’une expérience a fait naître en nous.
Pourtant, dans une société où l’on nous demande d’aller vite et d’être efficaces, ce temps peut devenir difficile à préserver. Même nos moments libres finissent parfois par se remplir d’objectifs et de choses à accomplir.
Je peux écrire sur la lenteur et me sentir coupable d’une journée pendant laquelle je n’ai pas assez travaillé. Avoir envie de calme et multiplier les projets. Aimer une journée très remplie, puis avoir besoin de plusieurs heures sans programme. Ce blog se construit aussi à partir de ces contradictions.
Je n’ai pas envie de faire de la lenteur une règle supplémentaire. J’aimerais plutôt apprendre à reconnaître nos différents besoins de temps et à préserver des espaces où penser, créer, ou simplement être disponibles à ce que nous vivons.
La lenteur peut nous mettre en mouvement
Pourquoi, alors, avoir associé l’otium au mouvement ?
Parce que je ne crois pas que le temps consacré à la pensée ou à la contemplation nous éloigne nécessairement de l’action. Il peut même en être l’une des origines.
Une lecture peut remettre en question une conviction ancienne. Une discussion peut faire apparaître une possibilité que nous n’avions jamais envisagée. En marchant, une pensée jusque-là emmêlée commence parfois à se déplier.
Ces moments n’ont pas toujours de résultat immédiat. Nous ne savons pas ce qu’ils vont produire, ni même s’ils vont produire quelque chose. Mais ils participent à la manière dont nous nous construisons et dont nous prenons part au monde. Prendre le temps de comprendre ce qui compte pour nous peut nous donner envie d’agir pour le préserver.
La lenteur permet aussi de percevoir ce qui mûrit en nous et que nous aurions laissé passer. J’aime l’idée que le mouvement puisse naître d’une réflexion longuement habitée ou d’une curiosité que l’on a laissée grandir.
C’est aussi une manière de reconnaître que tout ne se développe pas au même rythme. Certaines décisions se prennent rapidement, d’autres demandent des années. Certaines idées surgissent d’un seul coup, d’autres se construisent lentement, au fil des lectures et des rencontres.
Une envie à partager
Si j’ai choisi le mot mouvement, c’est aussi parce que je voudrais que cette réflexion dépasse les pages de mon blog. J’aimerais contribuer à faire connaître l’otium, éveiller la curiosité autour de cette notion et rassembler des personnes qui s’interrogent sur la place du temps dans leur existence.
Cette question est aussi collective, car nous ne disposons pas tous du même temps, ni des mêmes possibilités de nous rendre disponibles. Notre rapport au temps dépend de nos conditions de travail, de nos responsabilités, de nos ressources et des personnes qui nous entourent.
Il est parfois plus facile de trouver du temps pour soi parce que quelqu’un prend le relais, ou parce que nos horaires de travail nous laissent une soirée. Une bibliothèque accessible, un lieu où se retrouver changent aussi beaucoup de choses.
Retrouver l’otium ne peut donc pas relever uniquement d’une décision individuelle. Cela suppose aussi de nous interroger sur la manière dont nous organisons notre vie commune et sur les possibilités que nous nous donnons, collectivement, de disposer de ce temps.
Quel temps accordons-nous à ce qui grandit lentement ? À la pensée, à l’imagination, à la vie culturelle, aux rencontres ? Et quelle place souhaitons-nous leur donner dans la société ?
Ce sont des questions que j’aimerais continuer à explorer ici, au fil des articles et des projets qui feront vivre ce mouvement. Je souhaite aussi que chacun puisse s’en saisir à sa manière, selon son histoire et les possibilités dont il dispose.
Je n’ai pas de modèle de vie à proposer. J’ai plutôt envie de partager des réflexions, de faire découvrir des auteurs et de créer des occasions de penser ensemble notre rapport au temps.
Et je reviens toujours à la question qui m’a fait choisir ce nom : comment avancer dans nos vies en gardant le temps de sentir ce que nous sommes en train de vivre ?




Commentaires