Écothérapie et Voice Dialogue : écouter dehors et dedans


Depuis la rentrée, j’ai fait deux découvertes que j’ai envie de vous raconter.
La première, c’est l’écothérapie, lors d’une séance animée par Marjorie Margoux à laquelle j’ai été invitée. Je n’avais jamais entendu ce mot et je ne savais pas à quoi m’attendre, mais j’étais ravie de tenter quelque chose de nouveau. La seconde est arrivée un mois plus tard, un peu par hasard : on m’a proposé de venir à un week-end consacré à Jung et au Dialogue Intérieur, une approche que je ne connaissais pas non plus.
Qu’est-ce que l’écothérapie ?
L’écothérapie regroupe des pratiques d’accompagnement qui s’appuient sur la relation avec le monde vivant pour prendre soin de soi. Ce n’est ni une randonnée, ni une technique de relaxation au vert. La nature n’y est pas un décor ou un remède qu’on viendrait consommer : c’est un partenaire, avec lequel on réapprend à être en lien.
Concrètement, une séance peut prendre beaucoup de formes. On marche lentement, on s’arrête longtemps au même endroit, on touche, on écoute, on écrit ou on dessine ce qui nous a traversés, puis on partage en groupe. Ce qu’elles ont en commun, c’est une invitation à ralentir, jusqu’à ce que notre attention devienne davantage douce et présente.
Parmi les exercices proposés par Marjorie, l’un était très simple. Se promener, sans but, jusqu’à trouver un élément qui retenait notre attention (qu'il nous attire ou nous degoûte) : un brin d'herbe, de la terre, du caca, une écorce, une pierre... S’arrêter devant lui. Se raconter ce qu’on voit, puis ce que cela nous fait vivre comme émotion. Et surtout, lui accorder de l’attention et du temps, le regarder vraiment, sans chercher à en tirer quoi que ce soit. J'avais choisi une feuille. Sa couleur était belle : ni tout à fait verte, ni encore jaune, avec des reflets cuivrés là où la lumière la traversait. En la regardant de plus près, j’ai vu ses nervures, fines comme un dessin à l’encre, qui partaient du centre et se divisaient jusqu’aux bords, de plus en plus fines.
Je l’ai prise entre mes doigts. Elle était plus douce dessus que dessous, un peu froide, légère au point que j'en prenais soin. En l’approchant de mon visage, j’ai senti une odeur discrète, verte et un peu amère, celle des jardins après l’arrosage. Sur un bord, une petite morsure brunie, sans doute le passage d’un insecte, rappelait qu’elle avait eu toute une vie avant que je la remarque.
Je suis restée un moment en intimité avec elle. Dans ces instants-là, mon cœur se gonfle de joie devant tant de beauté, et une même question me revient toujours : comment la nature peut-elle créer des choses aussi belles ? C'est dingueeee !!!
De retour chez moi, j’ai voulu comprendre pourquoi un geste aussi simple m’avait autant marquée et fait autant de bien.
Ce que la recherche en dit
Des chercheurs britanniques ont montré que ce qui nous relie à la nature, ce n’est pas d’en savoir plus (connaître le nom des plantes, par exemple), mais de la ressentir : la toucher, s’en émouvoir, être sensible à sa beauté (Lumber et al., 2017 ; Richardson & McEwan, 2018). C’est exactement ce que proposait Marjorie.
En Californie, une étude a proposé à des personnes âgées de faire chaque semaine une courte marche. Certaines étaient simplement invitées à remarquer, autour d’elles, ce qui pouvait les étonner ou les toucher. Au bout de huit semaines, ces dernières se sentaient plus joyeuses et moins en détresse au quotidien(Sturm et al., 2022).
Enfin, à Stanford, des chercheurs ont scanné le cerveau de participants avant et après une marche d’une heure et demie, soit dans la nature, soit en ville. Ils se sont intéressés à une petite zone située à l’avant du cerveau (le cortex préfrontal subgénual), qui s’active quand on rumine, quand les pensées négatives sur soi tournent en boucle. C’est une zone associée au risque de dépression. Après la marche dans la nature, elle était moins active et les participants disaient ruminer moins. Après la marche en ville, rien n’avait changé (Bratman et al., 2015).
Une explication tient à la manière dont nous faisons attention. Toute la journée, nous mobilisons une attention volontaire, celle qui trie les mails, résiste aux notifications, se concentre sur une tâche. Elle s’épuise. La nature, elle, capte notre regard sans rien exiger : un nuage qui passe, des feuilles qui bougent, l’eau qui coule. Les chercheurs parlent de « fascination douce ». Pendant ce temps, l’attention volontaire peut se reposer et se recharger, tandis que l’esprit vagabonde et réfléchit (Kaplan, 1995 ; Ohly et al., 2016).
Jung et le voice dialogue
Le week-end portait sur le Dialogue Intérieur, nom donné en français au Voice Dialogue. J’y suis arrivée sans rien en savoir non plus ^^
La méthode a été créée par Hal et Sidra Stone, deux psychologues américains, à partir d’une intuition de Jung : nous ne sommes pas faits d’un seul bloc. En nous cohabitent plusieurs parts, avec chacune sa voix, ses besoins, ses peurs, et elles sont loin d’être toujours d’accord.
Certaines prennent beaucoup de place. Les Stone les appellent les « moi primaires » : celle qui veut bien faire, celle qui organise, celle qui tient bon quoi qu’il arrive. Elles se sont installées tôt, souvent pour nous protéger, et on finit par les confondre avec ce que nous sommes. À l’inverse, d’autres parts ont été mises de côté parce qu’elles dérangeaient ou ne servaient à rien : la part qui a besoin de lenteur, celle qui rêve, celle qui voudrait simplement ne rien faire. Ce sont les « moi reniés ».
Un exemple tout simple. Un dimanche après-midi, une voix nous dit qu’on pourrait enfin se poser avec un livre. Une autre rappelle aussitôt le linge à étendre, les mails en retard, ce qu’on aurait dû finir dans la semaine. Souvent, c’est la seconde qui gagne, sans même qu’on s’en rende compte. Et parfois, on reste coincé entre les deux, ni vraiment reposé, ni vraiment efficace.
Le Voice Dialogue ne cherche pas à faire gagner l’une contre l’autre. Il s’agit de reconnaître ces voix, de les écouter, puis de prendre un peu de recul. Cette place en retrait, d’où l’on peut entendre chaque part sans se laisser gouverner par aucune, les Stone l’appellent le Moi prenant Conscience. C’est de là qu’on peut choisir, plutôt que subir.
La part qui nous épuise aujourd’hui a souvent eu, un jour, une bonne raison d’exister. Et celle qu’on a fait taire attend souvent juste qu’on lui laisse un peu de temps.

Ce que les deux m’ont appris
L’exercice de Marjorie ressemble beaucoup à ce que propose le Voice Dialogue. Devant une écorce ou une feuille, on prend le temps d’écouter ce qu’elle réveille en nous. Face à une part de soi, on prend le temps de la laisser parler. Dans les deux cas, on accorde de l’attention à quelque chose qu’on aurait d’ordinaire traversé sans le voir.
Pendant cette séance, cette voix qui réclame de la lenteur a eu de la place. Il n’y avait rien à organiser, rien à réussir.
C’est sans doute pour cela que ces deux expériences m’ont autant parlé. Je travaille depuis des années sur ce temps qu’on passe sans rien produire, celui que les Romains appelaient l’otium, et j’ai retrouvé dans les deux la même chose : une attention qui ralentit, et des voix qu’on finit enfin par entendre qu'elles soit belles ou laides.
Je suis reconnaissante d’avoir fait ces découvertes, car très récemment, une petite voix intérieure s’est mise à insister, et j’ai pris le temps de l’écouter. En fait... j’aimerais offrir à toutes mes parts l’attention que j’ai offerte à cette sublime feuille pendant la séance de Marjorie.
M’arrêter, les contempler vraiment, sentir ce qu’elles éveillent en moi. Celles qui fleurissent comme celles qui grincent. Et me rappler que toutes ont leur place dans mon paysage.
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Références
Bratman, G. N., Hamilton, J. P., Hahn, K. S., Daily, G. C., & Gross, J. J. (2015). Nature experience reduces rumination and subgenual prefrontal cortex activation. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(28), 8567‑8572. https://doi.org/10.1073/pnas.1510459112
Kaplan, S. (1995). The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework. Journal of Environmental Psychology, 15(3), 169‑182. https://doi.org/10.1016/0272-4944(95)90001-2
Lumber, R., Richardson, M., & Sheffield, D. (2017). Beyond knowing nature: Contact, emotion, compassion, meaning, and beauty are pathways to nature connection. PLOS ONE, 12(5), Article e0177186. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0177186
Ohly, H., White, M. P., Wheeler, B. W., Bethel, A., Ukoumunne, O. C., Nikolaou, V., & Garside, R. (2016). Attention restoration theory: A systematic review of the attention restoration potential of exposure to natural environments. Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B, 19(7), 305‑343. https://doi.org/10.1080/10937404.2016.1196155
Richardson, M., & McEwan, K. (2018). 30 Days Wild and the relationships between engagement with nature’s beauty, nature connectedness and well-being. Frontiers in Psychology, 9, Article 1500. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2018.01500
Sturm, V. E., Datta, S., Roy, A. R. K., Sible, I. J., Kosik, E. L., Veziris, C. R., Chow, T. E., Morris, N. A., Neuhaus, J., Kramer, J. H., Miller, B. L., Holley, S. R., & Keltner, D. (2022). Big smile, small self: Awe walks promote prosocial positive emotions in older adults. Emotion, 22(5), 1044‑1058. https://doi.org/10.1037/emo0000876
Association du dialogue interieur : https://www.dialogue-interieur.fr/lassociation/




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