Novembre, l'art d'hiverner
Ce week-end, j'ai ressorti mes écharpes de toutes les couleurs, les bandeaux en laine que ma mamie me tricote, mes gants, mes bottes en moumoute. Puis mes pulls favoris, en alpaga, en mohair, si doux que j'adore m'y blottir. Il y a quelque chose de joyeux dans ce petit rituel, comme une manière de dire à l'automne : je suis prête à t'accueilliiiiiir 🤗
Je ressors aussi mes parfums d'automne : des notes ambrées, des muscs cotonneux, un iris poudré, des notes vertes et boisées. Et j'accueille avec joie mon légume préféré, la courge, la butternut surtout.
J'aime l'automne. La lumière basse des fins d'après-midi, les feuilles qui virent au cuivre, au rouge et à l'or. J'aime le moment où l'on rentre, les joues froides, pour retrouver la chaleur de l'appartement. Et, le week-end, le bonheur de se retrouver près du feu après une balade au bord de mer. Ah ! Et allumer ma bougie Châtaigne Corse de Kerzon !

La beauté de ce qui se retire
Les couleurs de l'automne racontent beaucoup de choses. Quand les jours raccourcissent, l'arbre cesse progressivement de fabriquer la chlorophylle qui donnait leur vert aux feuilles. Ce vert s'efface et laisse apparaître les jaunes et les orangés qui étaient là depuis le printemps, mais que nous ne pouvions pas voir. Certaines essences produisent aussi, en fin de saison, des pigments rouges. Puis les feuilles tombent. L'arbre économise ses ressources pour traverser l'hiver.
Ça me frappe chaque automne : l'arbre n'est jamais aussi surprenant qu'au moment où il commence à ralentir. Il perd ses feuilles, ses branches se découvrent, et pourtant, il se passe encore beaucoup de choses en lui.
Hiberner ou hiverner ?
Dans les Alpes, la marmotte s'enferme dans son terrier dès l'automne, pour près de six mois. Son organisme ralentit considérablement : sa température corporelle descend à quelques degrés et son cœur, qui bat environ 130 fois par minute en été, peut tomber à une quinzaine de battements. C'est l'hibernation au sens strict, un état physiologique très profond qui lui permet de survivre plusieurs mois en puisant dans ses réserves.
L'ours, contrairement à ce que l'on imagine souvent, connaît un repos hivernal moins profond, parfois appelé hivernation. Il reste dans sa tanière, son activité métabolique diminue fortement, mais sa température baisse relativement peu et il peut se réveiller rapidement. La distinction est intéressante : l'hibernation implique un ralentissement physiologique profond, tandis que l'hivernation désigne plus largement le fait de passer l'hiver à l'abri, en ménageant ses forces.
À la maison aussi, je vois la saison changer. Depuis quelques semaines, Bobby, mon chien, dort beaucoup plus. Lui, suit les changements de saison sans se poser de questions !
Évidemment, nous n'allons pas disparaître six mois sous terre. Mais cette façon qu'ont les animaux d'adapter leur activité aux saisons m'interroge. Pourquoi attendons-nous si souvent de nous-mêmes une énergie constante, alors que tout ce qui nous entoure connaît des périodes d'activité et de repos ?

Le bonheur d'habiter
Dans La Poétique de l'espace, le philosophe Gaston Bachelard consacre de très belles pages à la maison. Il remarque qu'elle prend une valeur particulière lorsque l'hiver l'entoure. Sous la lampe, derrière les rideaux, près du feu, nous nous sentons d'autant plus à l'abri qu'il fait froid dehors. Il relève chez Baudelaire l'expression de « bonheur d'hiver », puis écrit : « L'hiver évoqué est un renforcement du bonheur d'habiter. »
J'aime beaucoup cette idée.
Je la comprends particulièrement bien à cette période de l'année. L'été, je passe beaucoup de temps dehors, je pars, je me promène, je profite des longues soirées. Mais quand les températures baissent, je redécouvre le plaisir d'être chez moi.
Je retrouve mon fauteuil, mes livres, mes plaids. J'adore créer dans mon salon une ambiance douce, avec des lumières orangées et plein de bougies ! Il suffit parfois d'une lampe allumée, d'une bonne tasse de thé et du froid derrière les fenêtres pour que je me sente merveilleusement bien.
Ce que Bachelard décrit me touche parce qu'il ne parle pas seulement du confort matériel. Il s'intéresse à ce que nous éprouvons dans les lieux que nous habitons, à la manière dont une maison peut devenir un refuge pour nos pensées, nos souvenirs, nos rêveries.
Et je trouve beau qu'une saison puisse nous faire redécouvrir un lieu dans lequel nous vivons pourtant toute l'année.
Un autre rapport au temps
En novembre, la nuit tombe avant 18 heures. Il nous reste pourtant plusieurs heures à vivre, mais l'obscurité donne parfois l'impression que la journée touche déjà à sa fin. C'est étonnant comme la lumière influence notre perception du temps. Sans que les heures changent, notre manière de les vivre se transforme.
Le corps aussi peut réagir à ces changements. La diminution de la lumière naturelle influence notamment nos rythmes biologiques et notre sommeil. Certaines personnes ressentent davantage de fatigue, d'autres éprouvent simplement l'envie de passer plus de temps au calme.
Nos agendas, pourtant, ne tiennent aucun compte des saisons. On attend souvent de nous la même disponibilité, la même énergie et la même efficacité en décembre qu'en mai. Comme si nous étions indifférents à la lumière, au froid, aux changements qui traversent le vivant.
L'essayiste britannique Katherine May explore cette question dans Wintering, paru en 2020. Elle s'intéresse aux hivers que nous traversons aussi au cours de nos vies : une maladie, une perte, une période d'épuisement, un moment où nos habitudes et nos certitudes sont bouleversées.
Elle propose de regarder autrement ces périodes pendant lesquelles nous ne pouvons plus avancer comme avant. Plutôt que de chercher à retrouver immédiatement notre rythme habituel, elle s'interroge sur ce que nous pouvons apprendre de ces moments de retrait, et sur les soins dont nous avons besoin pour les traverser.
Ce livre me fait penser à quelque chose que j'observe chaque automne : les arbres portent déjà leurs bourgeons alors qu'ils viennent à peine de perdre leurs feuilles. Chez de nombreuses espèces, ces bourgeons doivent traverser une période de froid et de dormance avant de pouvoir se développer au printemps.
Une partie de ce que nous admirons au retour des beaux jours se prépare donc pendant la saison froide, alors même que les arbres semblent immobiles.
J'aime cette idée qu'une période puisse être importante sans que quelque chose de spectaculaire s'y produise. Dans nos vies, nous avons tellement tendance à mesurer le temps à ce que nous faisons, à ce que nous accomplissons, à ce que nous pouvons montrer. Or, certaines expériences demandent simplement du temps. Pour être comprises, pour mûrir, pour trouver leur place dans notre histoire.
Cela ne signifie pas qu'il faudrait tous ralentir dès le mois de novembre. J'aime aussi les journées bien remplies, les projets qui avancent, les soirées qui s'éternisent avec des amis. Mais je trouve intéressant de se demander si nos rythmes pourraient parfois être un peu plus attentifs à ce que nous éprouvons, plutôt que de rester identiques toute l'année.
Quelques manières d'hiverner
Pour celles et ceux qui ont envie de savourer les petits plaisirs de cette saison, voici quelques pistes
Retrouver ses affaires d’automne, créer des rituels. Installer un plaid sur le canapé, choisir une nouvelle senteur pour parfumer son intérieur… À cette période, j’aime particulièrement La Bayadère, de la collection Un soir à l’Opéra. Allez la sentir, elle est incroyable !
J'adore aussi ressortir des toutes petites tasses en céramique aux motifs de saison froide, que ma mère m’a offertes. Chaque année, je les sort au mois de novembre, puis je les range une fois la saison passée. J’adore faire ça ! C’est pareil pour les tisanes : j’aime retrouver certaines saveurs que je réserve aux mois les plus froids 🫶🏽
S’aménager un coin douillet. Un fauteuil, un bout de canapé, une place près du feu, pour lire, rêvasser ou regarder la pluie tomber.
Profiter des couleurs de l’automne. Marcher dans les feuilles mortes, admirer les arbres qui changent de couleur, ramasser quelques châtaignes ou simplement profiter de cette lumière si particulière.
Retrouver le plaisir des soupes chaudes. Avec les légumes de saison, la butternut évidemment ! Bon, j’avoue, je ne coupe pas mes legumes, je fais des stocks chez Picard, mais le réconfort d’une bonne soupe reste le même 🙃
Célébrer les premières raclettes. Retrouver les longues soirées entre amis à se tenir chaud autour d'une table, les plateaux de fromages, les rires et les discussions qui s'éternisent.
Observer les premières brumes du matin. Regarder la ville ou la campagne disparaître sous le brouillard, avant que la lumière ne revienne progressivement.

Et vous, comment hivernez-vous ?
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Références
Bachelard, G. (1961). La poétique de l'espace (3e éd.). Presses universitaires de France. (Ouvrage original publié en 1957)
May, K. (2020). Wintering: The power of rest and retreat in difficult times. Riverhead Books.
Parc national de la Vanoise. (s.d.). La marmotte [Fiche]. https://www.vanoise-parcnational.fr/sites/vanoise-parcnational.fr/files/2024-06/Marmotte.pdf





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